Sécurité incendie : « Une bonne organisation passe par l’exemplarité »

Découvrez la story interactive « comment organiser la sécurité incendie de son entreprise »

Ancien capitaine de la Brigade des Sapeurs-pompiers de Paris, Serge Célerin est aujourd’hui officier réserviste de la Garde républicaine et consultant en sécurité. Il revient pour nous sur les bonnes pratiques d’une gestion simple des risques incendie en entreprise. Sa devise : en faire moins, mais le faire mieux !

Comment organiser la gestion du risque incendie dans son entreprise ?

Sans remplacer quel qu’expert que ce soit, il est important avant tout de laisser parler son bon sens. Il faut être à la fois pragmatique et méthodique. Les enjeux sont doubles : ils sont d’abord humains, puis économiques. Dans un premier temps, en concertation avec les opérateurs, il faut répertorier les risques. Localiser et quantifier d’une part les matières à potentiel calorifique, puis d’autre part les sources possibles de départ de feu et de propagation. Il peut s’agir d’installations électriques, de présence de liquides, d’activités dangereuses… Ensuite, il faut identifier qualitativement et quantitativement toutes les matières qui peuvent prendre feu (et elles sont nombreuses !). Une fois que l’on a une vision d’ensemble, grâce à laquelle on connaît les sources potentielles d’incendie et le risque de propagation par les matières inflammables, on est en capacité de constituer les volumes de façon à stocker tout cela et à contenir un éventuel sinistre. Et l’on peut prendre les mesures préventives.

 

Comment cela impacte-t-il l’agencement des locaux ?

Avant même de parler d’aspect réglementaire, il est évident que l’agencement des locaux est essentiel, pour éviter les conséquences dramatiques liées à l’incendie et à sa propagation. Cela va de pair avec un rangement et un stockage proportionnés, ordonnés, aérés et aisément accessibles dissociant évidemment tous les éléments incompatibles. Dans la disposition des locaux, il faut limiter au minimum l’impact sur les personnes, mais également sur les outils et les stocks : via des installations techniques et la formation du personnel.

Il faut travailler la disposition des stocks et des matières utilisées, et articuler la position des employés et des évacuations ; bien entendu, cette disposition doit être combinée à l’installation de systèmes d’alerte, et de désenfumage. Ce travail sur la disposition permettra de travailler également l’isolement par rapport aux tiers, pour éviter que cela dépasse le cadre de ses propres bâtiments.

A l’intérieur des bureaux, le risque est principalement électrique. Il faut bien réfléchir à la distribution et à la capacité électrique. Par exemple, plus on utilise des prises multiples, plus on s’expose à des risques de court-circuit et de surtension. Il faut installer un réseau électrique adapté à la consommation envisagée.

Dans la disposition des locaux, il faut rendre l’évacuation possible, et éventuellement un confinement. Souvent, les bureaux ont des baies vitrées et des open spaces. Il faut prévoir de favoriser la circulation, avec des évacuations larges et des issues de secours très bien identifiées. Concernant les personnes en situation de handicap, il faut leur permettre d’être situées dans un endroit où elles pourront soit s’évacuer elles-mêmes, soit où l’on pourra les secourir.

 

Et quant à la formation du personnel ?

La clé du succès d’une politique de prévention se traduit par une bonne sensibilisation et une formation adaptée du personnel. Car un personnel formé est forcément plus efficace. La formation au risque incendie permet de créer des automatismes fondamentaux. Un automatisme, cela se travaille : sans entraînement, on ne peut pas avoir de réflexes. Ou alors en développer de mauvais ! Plus les gens sont formés, plus ils auront de chances d’agir efficacement contre un départ de feu. Je conseille toujours d’organiser des exercices réguliers d’évacuation et des formations impliquant toute la société. Parce qu’une bonne organisation passe par l’exemplarité, il est essentiel que le management soit moteur dans cette démarche, pour réussir à impliquer tous les collaborateurs. C’est le dialogue dans l’entreprise qui engendre l’implication. Et cela se ressent jusque dans la sécurité incendie. Si certains ne peuvent pas être présents, il faut leur faire un débriefing de ce qui s’est dit lors de la formation, et des points clés à retenir.

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Crédit photo : Saval Fire Safety

Quelles sont les erreurs classiques à ne pas faire ?

Le pire ennemi de la sécurité incendie, ce sont les notes de service que personne ne lit ! Il faut faire passer des messages clairs et efficaces (en résumé, en dire moins, mais le dire mieux !), qui ne restent pas que théoriques. La pratique est la clé.

Le second écueil est le manque d’exemplarité. Pourquoi s’impliquer et se former si son management ne le fait pas ?

 

Côté équipement, qu’est-ce qui est légalement obligatoire ? Et ce qui ne l’est pas, mais qu’il vaut mieux avoir ?

Tout dépend de la catégorisation et l’activité du site. L’équipement doit évidemment être proportionnel au risque inhérent au lieu, mais aussi à son importance géographique et économique. A titre d’exemple, si le château de Versailles n’est pas un lieu à risque en soi, il revêt tout de même une importance culturelle et économique, qui fait de sa protection maximale une évidence.

Trois choses sont essentielles : la mise en place de processus d’alerte efficace, par des solutions humaines et techniques, la présence de moyens d’extinction appropriés et de moyens d’évacuation en nombre et en largeur suffisants pour permettre la mise en sécurité de toutes les personnes. L’évacuation des gens est toujours la priorité.

 

Et en cas de départ de feu, comment réagir ?

Il faut agir instantanément. Se poser (rapidement !) les questions suivantes : suis-je en mesure d’agir ? Ai-je des moyens d’extinction à proximité ? Si une installation électrique brûle, le fait de couper le courant peut-il permettre d’arrêter le feu ? Et puis, très rapidement, il faut faire un choix. Si l’on intervient et que cela ne s’éteint pas : on ne continue pas sans prévenir les autres occupants et les secours. Au moment de passer à la phase évacuation, l’entraînement et le bon sens vont permettre d’agir. Il faut alerter les autres, et sortir en fermant chaque porte. Ensuite, il faut se regrouper à l’extérieur, de manière à faire l’appel et s’assurer que tout le monde est bien là.

 

Qu’est-ce qu’il ne faut absolument pas faire ?

Utiliser un agent extincteur inapproprié. Dans une cuisine ou sur un feu hydrocarbure, utiliser de l’eau est une grave erreur (YouTube vous le prouvera !). Il faut également éviter de céder à la panique – c’est à ce moment crucial que les bienfaits de l’entraînement se font rapidement sentir – et partir laissant la porte du local ouverte. Sinon, fumées et flammes se propageront. Les fumées sont souvent pires que les flammes. Quand elles se densifient, elles sont un vecteur de flammes extrêmement rapides. Et, évidemment, cela affole la totalité des gens. Il y a dès lors de forts risques de mouvements de foule, et de blessés.

 

En quoi les quinze premières minutes sont-elles essentielles ?

L’évolution d’un feu est effroyable parce qu’elle est exponentielle – elle ne laisse pas le temps à l’hésitation. Dans les trois premières minutes, si le feu n’a pas été éteint, il faut pouvoir le contenir ou ralentir sa progression. À partir du moment où l’on éteint ou contient un feu, on limite le risque de propagation, de dégâts et le risque de panique de la part du personnel et du public.

En revanche, si l’extinction ne peut s’envisager sans risque que l’incendie devienne incontrôlable, il est impératif de mener de front son confinement et d’assurer la protection du personnel par l’évacuation, si elle est nécessaire.

Quinze minutes, c’est déjà énorme. C’est dans les trois premières minutes qu’il faut agir pour éviter que le sinistre ne soit hors de contrôle.

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